Je prends la VDN pour aller bosser. Voie de dégagement nord.
Une deux fois deux voies bien propre, bien neuve, pour dégager Dakar de ses bouchons quotidiens, voire permanents. Ces mêmes bouchons qui me dissuadent le soir venu de reprendre un taxi pour découvrir la ville.
On a pratiqué des dos d’âne sur la VDN, pour sécuriser la traversée des piétons, et faire ralentir des voitures bien pressées. Cela rajoute en sécurité ce qu’on perd en vitesse, mais les règles de circulation sont telles que la sécurité reste relative.
Chacun suit sa route, pas forcément sa file, et les dépassements se font souvent à quelques centimètres de distance. Alhamdoullilah! Dans le taxi, j’ai parfois plus l’impression de naviguer que de rouler. Les cars rapides, Ndiaga ndiaye, deboîtent ou se rabattent inopinément pour desservir un arrêt invisible. Mieux vaut avoir les yeux partout quand on est chauffeur ici. Parfois des pièges se présentent en plus des piétons qui veulent traverser, tel ce nuage noir recrâché par un camion hors d’usage dès que l’embrayage est activé, quasiment en permanence.
Alors toutes ces voitures, ces camions, ces minibus, dont les moteurs ne sont pas de toute jeunesse font aussi que l’air d’ici est bien pollué, et esquiver les bouchons est gage de santé. Par bonheur, mes déplacements quotidiens se font le plus souvent à contresens
Alors comment imaginer cette ville il y a quelques années, avant l’OCI 2007 qui a permis de financer ces grands travaux? Certains quartiers saturés de circulation devaient probablement être littéralement asphyxiés, sans parler des accidents.
Ici la plupart des véhicules et des deux roues sont des “venants“, autrement dit des secondes mains importées d’Europe. Quelques rares motos Sanili rappellent le Bénin, mais la Chine semble rester marginale dans le parc automobile. Pour combien de temps?
La péninsule dakaroise semble prise d’un vertige urbanistique. Hormis quelques carrés autour de l’aéroport, presque tout est contruit. Rares sont les endroits verts, où les terrains de jeu pour la jeunesse sénégalaise. Sur le terrain pour le travail, un collègue m’explique qu’ici les jeunes ont manifesté pour garder le terrain de foot (inondé en cette saison) dans cette zone dont l’Etat a renvoyé les habitants dans les quartiers périphériques pour contruire des immeubles. Le besoin de logement est tel que tout est déjà loué, acheté, occupé avant la fin des travaux.
Ainsi, Dakar est prise par la fièvre du développement.
Le centre ville, Plateau, est dominé par des buildings de grandes sociétés, et dans ses rues, des miséreux dorment sans abri, ô combien choquant en Afrique. Le commerce informel grouille entre ces offices qui manient le CFA à grands coups de zéros.
En haut dans les bureaux, le téléphone sonne et on réagit vite, comme en Europe dirait on s’il n’y avait les éclats de rire incessants. En bas dans la rue, la chaleur accable tout un chacun dans une langueur africaine. Deux environnement juxtaposés, comme la VDN, avec ses deux voies enrobées et ses bas côtés poussiéreux où quelques baraques de bric et de broc, sinon un coin de terre, hébergent des activités dans l’espoir d’assurer la dépense quotidienne.